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Baz'Art Virtuel

Porc-Épic @ Espace Go : « Dis-moi quelque chose que t’as jamais dit à personne »

Julie Ledoux
21 février 2010

Porc-Épic, une production du Théâtre PÀP, en avait lourd sur les épaules. Le succès fulgurant de Rouge Gueule, présentée à l’automne, donnait espoir d’une autre pièce avec autant de mordant. Le cover du Voir avec Antoine Bertrand laissait présager un délire de folie violente. Délire? Oui. Succès? Pas convaincue.

Jusqu’au 13 mars, la pièce de David Paquet tiendra l’affiche à l’Espace Go. Une drôle de pièce que celle-là. J’en suis sortie un peu perplexe, ne sachant si le plaisir avait vraiment été au rendez-vous. Des décors tout en hauteur, émergent cinq personnages aux parcours bien différents, mais au désir semblable : ultimement, aucun ne souhaite « mourir seul sur le plancher ». Ces sages paroles sont exprimées par Cassandre, personnage au caractère enfantin et délirant, extravagante et exigeante, mais toujours à l’écoute de son prochain qu’elle souhaite inviter à son anniversaire.

Sur la photo: Dominique Quesnel - Crédit photo : Danny Taillon

Beautés solitaires et farouches

Ce jour-là, c’est la fête de Cassandre. Enfin, c’est ce qu’elle raconte à tous ceux qu’elle croise sur son chemin, entre son appartement et le dépanneur de Sylvain. Ou plutôt, Slyvain. Sa mère étant dyslexique, il porte ce lourd fardeau : « Ça commence mal une vie quand ton nom c’t'une erreur! » Être profondément perturbé, il consulte un psychologue pour comprendre son problème de sociabilité. Suzanne – sa remplaçante d’un jour – ne cherche pas la compagnie des autres et la fuit, plutôt : « Non, y’a pas de meilleur moment pour me rappeler, j’suis toujours de même! » Ces trois personnages, interprétés respectivement par Marika Lhoumeau, Jean-Pascal Fournier et Dominique Quesnel, portent la pièce et représentent exactement ces univers douloureux de solitude que le texte de David Paquet semble vouloir projeter. On en vient à se demander ce que le couple Noémie-Théodore vient ajouter d’intéressant à la pièce. Sans jeter la faute sur les acteurs Geneviève Schmidt et Antoine Bertrand, j’ai senti leurs personnages moins travaillés, plus superficiels, mais surtout : moins intéressants. À se demander pourquoi Bertrand fût le plus sollicité en entrevues pour la promotion de la pièce. Oh, j’oubliais presque le succès télévisuel. Pardon.

Se mouvoir à l’extérieur?

À la mise en scène, Patrice Dubois envoie ses acteurs dans les extrêmes : du personnage bouillant de Cassandre, à la platitude d’un Théodore qui se veut séducteur. Enfin, c’est ce qu’on tente de nous faire croire maladroitement. On ne croit pas au jeu de Bertrand mais bien plus à celui de Fournier dans son interprétation de Slyvain, pris dans lui-même, nerveux, incapable de s’adresser aux femmes.

Plusieurs aspects de la mise en scène m’ont parue sans aucune utilité. Si l’on considère que la pièce aurait pu se terminer une dizaine de minutes plus tôt, laissant tomber du coup les longueurs oedipiennes de Théodore qui se « crève » les yeux avec de la teinture à cheveux sous une fine neige en plein été, nous aurions eu droit à une pièce beaucoup plus compacte et efficace. Le décor attire lui aussi les longueurs puisque les acteurs doivent se mouvoir de haut en bas, montant dans l’appartement de l’un, pour ensuite redescendre chez l’autre ou au dépanneur de Slyvain. Ce décor, qui nous rappelle celui d’une pièce jouée à la Maison Théâtre, accentue un problème de crédibilité : si les thèmes abordés sont forts et parfois douloureux (solitude, timidité maladive, séparation, abandon, etc.), le décor trop coloré et sucré ne permet pas d’y croire tout à fait. On se perd dans des détails inutiles qui volent la vedette au texte de Paquet qui réclame une attention particulière.

Pénalité pour non-respect du thème

On comprend véritablement la «fable» du porc-épic vers la fin de la pièce lorsque Cassandre (la fêtée fêlée) nous explique (enfin) le lien entre leurs situations individuelles respectives et le dilemme du porc-épic. Ce concept semble plaqué dans le texte pour justifier l’appellation de l’oeuvre. On apprend que les porcs-épics, l’hiver, souhaitent se réchauffer en se rapprochant les uns des autres. Mais ce faisant, ils se font mal en se plantant leurs aiguilles dans le corps et donc, s’écartent et se retrouvent seuls. Puis, ils ont froid et se rapprochent, tout en se faisant mal. Et ainsi, la vague continue. Une vague de porcs-épics.

Vous pourrez admirer les prouesses de Lhoumeau, Fournier et Quesnel, tout en vous questionnant sur la possibilité d’être ami avec un canard, du 16 février au 13 mars, à l’Espace Go.

2 commentaires
  • Jessica
    3 mars 2010

    La pièce est excellente ! J’invite tout le monde à y assister !! Félicitation à toute l’équipe

  • Roxanne
    11 mars 2010

    On se perd un peu dans la pièce avec le lufoque mais la pièce reste excellente et très drole. Je conseille cette pièce si vous avez le gout de passer une bonne soirée de rire.

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Julie Ledoux

Pourquoi faire, un slogan? J'vends pas d'chars...

Julie Ledoux