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Baz'Art Virtuel

Silence Radio @ Espace Libre : « Achète-toi une pudeur! »

Julie Ledoux
1 mars 2010

C’est une journée chaude, en plein solstice d’été. Il fait trop chaud, il n’y a plus de pluie, c’est l’été. Il n’a pas plu depuis tellement longtemps que même les murs ont cessé de suinter. Les oiseaux tombent du ciel tandis que les ventilateurs se font aller les ailes. La tension est palpable dans la ville où l’eau a plus de prix qu’une journée de congé. Bienvenue dans l’univers de Silence Radio

Sur la photo : Sophie Cadieux - Crédit photo : Luc Lavergne

Jusqu’au 6 mars, à l’Espace Libre, l’équipe du Théâtre de la Banquette Arrière nous invite à découvrir notre solitude (et celle de leurs personnages), campée sur fond de chaleur grise d’un été en ville.

Premier choc: la scène est pratiquement vide. Aucun élément de décor ne parvient à cacher la solitude des personnages. Nous sommes tout d’abord dans l’espace, à observer une cosmonaute russe en orbite autour de la Terre (Anne-Marie Levasseur). Sa mission : découvrir le langage, la vie, l’amour… Tout de gris et de noir vêtus, les personnages sont à la fois tristes et heureux, sombres et lumineux. Cette parcelle de lumière est cependant entachée par la mort (des oiseaux, de proches, de la vie, etc.). De gros ventilateurs soufflent parfois aux extrémités de la scène, tantôt vers les personnages, tantôt vers le public. Un décor parfait pour décrire l’étouffement. Un vide qui sera comblé par de longues sangles, empêchant ainsi les personnages de se mouvoir de manière conventionnelle, tentant ainsi d’échapper à leur destin, à leur besoin d’aimer, de prendre soin des autres et d’eux-mêmes.

Sous terre, un animateur radio clandestin, à la verve passionnée. Un personnage à mi-chemin entre Gilles Proulx et Claude Gauvreau : le côté acerbe du premier, l’intelligence du second. Interprété brillamment par Patrick Hivon, il s’agit sans doute du personnage le plus seul. Bien qu’il souhaite fuir le monde « commun », s’enfouir dans sa solitude, il ne perd pas un moment lorsqu’il entre en contact avec la cosmonaute russe, par la magie des ondes. Lui parler, interagir avec elle, et enfin, développer une relation avec quelqu’un d’humain, qui lui répond, qui l’écoute.

La mise en scène de Geoffrey Gaquère ne laisse aucun répit au public. Les personnages tournent sur eux-mêmes, autour des autres, montent, descendent, sautent, crient et fuient. L’utilisation des échelles, des chaises, des rubans et des ventilateurs sollicite tous les sens du public et ne l’abandonne pas. Il se sent interpelé par les adresses directes des personnages de même que par les thèmes abordés par le texte collectif des membres du Théâtre de la Banquette Arrière. Ce texte, par sa multitude de thèmes projetés, nous perd un peu au départ, nous bombardant d’éléments concernant chacun des personnages. Bien que les dix premières minutes soient cruciales dans notre compréhension de la pièce, il est aisé de se repérer par la suite, chaque acteur installant confortablement son personnage. Confortablement? Il semble que non, puisque tous les acteurs nous font ressentir  avec justesse le malaise de ceux qu’ils représentent : un voyant escroc payant difficilement une pension alimentaire (Mathieu Gosselin), un obsédé des théories du complot (Éric Paulhus), une ex-chanteuse mondialement connue recyclée en professeur de chant (Rose-Maïté Erkoreka), une employée de centre d’appels s’improvisant infirmière pour pigeon (Sophie Cadieux), un animateur radio contestataire (Patrick Hivon), etc.

Abreuvée d’une trame sonore créée par Philippe B., la pièce rend tout le malaise de l’humidité accablante d’une ville couvant des centaines de milliers d’âmes esseulées. La musique, entre le bruit et la mélodie, frappe et cogne. De la subtilité de l’apesanteur cosmique en passant par la distorsion des ondes radiophoniques, l’auteur-compositeur-interprète nous entraîne dans un univers à mi-chemin entre Massive Attack et Portishead, M.I.A. et Philippe B.. Étonnant.

Silence Radio, une création du Théâtre de la Banquette Arrière. Mise en scène de Geoffrey Gaquère. Avec Amélie Bonenfant, Sophie Cadieux, Rose-Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin, Patrick Hivon, Jean-Sébastien Lavoie, Anne-Marie Levasseur, Lise Martin et Éric Paulhus.

À voir jusqu’au 6 mars 2010, à l’Espace Libre.

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