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Baz'Art Virtuel

Lone Star / Private Wars : « J’aime ma femme, j’aime mon pays, pis j’aime mon char »

Julie Ledoux
5 mai 2010

Jusqu’au 22 mai, la salle intime du Théâtre Prospero accueille le programme double Lone Star / Private Wars. La présentation du Théâtre du Chien Mouillé nous entraîne dans deux heures de dualité corps-âme et de réflexions face aux séquelles de la guerre au Vietnam.


Lone Star : «Ça va, Roy?»

Le texte de l’auteur et acteur américain, James McLure, est brillamment traduit et mis en scène dans cette reconstitution du choc post-traumatique des rescapés des conflits armés. Bien que relatant les mésaventures de soldats de la guerre du Vietnam, le sujet demeure d’actualité puisque les personnages – tous américains -  se racontent leur vie, au lendemain d’une guerre qui a secoué les États-Unis pendant longtemps et qui rappelle la guerre que ce pays mène actuellement en Irak (ou celle que le Canada mène en Afghanistan).

Dès le départ, le public sent le désespoir de Roy, personnage interprété par Martin Plouffe. Ce dernier parvient à exprimer toute la violence à laquelle les soldats sont confrontés. Cette violence se répercute dans leurs actions quotidiennes après leur démobilisation et Roy en est l’exemple typique : se battre devient monnaie courante et les menaces de mort semblent faire partie du vocabulaire quotidien. Si Roy, deux ans après son retour, est toujours aussi perturbé par son passé, son petit frère Ray vient tempérer ses ardeurs. Un peu simplet mais franc et honnête, Ray prend peu à peu la place de l’aîné en le confrontant à la réalité. En démolissant graduellement les illusions «pré-guerre» de Roy, Ray permettra à son grand frère  – autrefois son protecteur – de regarder vers l’avenir et peut-être de cesser de s’auto-détruire en se soûlant tous les soirs à la Lone Star.

Martin Plouffe (Roy) et Christian E. Roy (Ray) - Lone Star - Crédit Photo : Josée Brouillard

Si au départ, la nervosité se faisait sentir dans le débit des paroles et le peu de fluidité entre les deux personnages principaux, Martin Plouffe et Christian E. Roy se sont rapidement établis dans leur dualité grand frère/petit frère, fort/faible. La complicité devenait palpable entre les deux acteurs et même Patrick Beauchemin en Cletis, le «trou d’cul» que Roy veut tuer depuis si longtemps, vient aider les deux hommes en créant un conflit qui les rapprochera au final, et qui fera éclater tous les secrets si bien gardés.

La mise en scène de Sébastien Gauthier, très active et physiquement exigeante pour les acteurs, a trouvé son tremplin dans le personnage de Roy. Violent, désespéré, parfois hystérique et euphorique, le personnage interprété par Plouffe demande une fébrilité constante. Le décor très masculin jonché de bouteilles de bières, de sièges de voiture, de banc d’exercice et de 2 x 4, nous invite facilement au Texas, dans l’univers de l’incompréhension entre ex-soldats et exemptés de la guerre. Finalement, les ajouts sonores et musicaux, des chansons de Hank Williams en passant par les bruits de voitures qui roulent à vive allure sur la route, rappellent la nostalgie qu’évoque Roy à de nombreuses reprises. La nostalgie d’un monde d’avant-guerre.

Private Wars : «Moi, je crois à ça, les boxers.»

Cet autre texte de James McLure vient parfaitement seconder la première pièce. Les mêmes acteurs se retrouvent sur scène mais inversent les rôles, cette fois-ci. Christian E. Roy devient le personnage fort et interprète Silvio, le «malade mental» démembré, avec justesse. C’est alors à son tour d’avoir droit au jeu physiquement exigeant, toujours à l’affût. Plouffe en Gately, nous fait découvrir une sensibilité qui paraissait impensable lorsqu’il interprétait Roy, une heure plus tôt. En chaise roulante du début à la fin de Private Wars, Plouffe doit se déplacer dans l’espace exigu, pris au piège entre les chaises et sa radio qu’il répare sans cesse. Beauchemin, en Natwick l’intellectuel malmené par Silvio, apporte une part réflexive et écrit à sa mère, entre les mauvais coups de Silvio et les discussions avec Gately.

La voix hors champ de Natwick s’adressant à sa mère ainsi que les réflexions à eux-mêmes des différents personnages permettent le changement de scénettes. Les différents tableaux font découvrir tous les aspects de la vie des blessés de guerre. Blessés au corps ou à l’âme, quelle différence? Ils se retrouvent tous au même hôpital, pris avec leurs démons et leur incapacité à communiquer. La solitude et la peur de l’autre reviennent dans cette deuxième pièce, et la mise en scène de Bernard Lavoie invite le public dans le monde intime de chacun des personnages de McLure. Aucun ne domine vraiment, même si certains personnages peuvent sembler plus forts : Silvio, physiquement? Natwick, intellectuellement? Gately, émotionnellement?

Patrick Beauchemin (Natwick) - Private wars - Crédit Photo : Josée Brouillard

La beauté de ces deux pièces réside dans les inversions de rôles. Bien entendu, le public est confronté aux chocs post-traumatiques des soldats et même à l’impuissance de leur entourage. Cependant, voir des personnages passer par une gamme d’émotions aussi variées relève du défi pour les acteurs. Aucun n’est figé dans une même trame émotive, passant de l’amertume à l’euphorie, de l’agressivité à la peur, sans jamais échapper à la solitude et la souffrance, conséquences principales de la guerre.

Vous aurez encore de nombreuses occasions d’aller vous frotter à la réalité de l’après-guerre car Lone Star / Private Wars seront présentées jusqu’au 22 mai, du mardi au samedi, dans la petite salle du Théâtre Propero, Rue Ontario.

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