BangBang : bangbangblog.com

Baz'Art Virtuel

L’Étrangère (une Médée en Afrique) : entre déception et révolution

Julie Ledoux
20 octobre 2010

Médée par Delacroix

Du 19 au 23 octobre, la compagnie Mythomanie – qui reprend des mythes classiques pour les incorporer à la vie d’aujourd’hui – présente L’Étrangère au Studio Hydro-Québec du Monument National.

L’Étrangère, c’est Gaëlle Savoie, journaliste canadienne (lire Québécoise) qui accompagne son amoureux du moment, Christian  Marvil, en Afrique, où celui-ci doit diriger une plantation de coton. Ils se retrouvent ainsi au Burkina Faso où Mlle Savoie tente de dénoncer toutes les injustices commises vis-à-vis les femmes et les petites filles. Le texte d’Ariane Genet de Miomandre et la mise en scène de Marylène Brault tentent de nous sensibiliser aux conditions et aux traitements déplorables que subissent les femmes en Afrique et, plus précisément, au pays du Président François Traoré, tête de Turc de la journaliste canadienne.

C’est précisément ce qui agace, à la longue.

Nous sommes en présence d’un texte moralisateur à souhait et le personnage de Gaëlle Savoie, au lieu de nous sensibiliser à la cause des femmes, nous irrite. Elle se pose en femme bornée, constamment à l’affût et en position d’attaque, pratiquement enragée contre Chris, son propre conjoint – le surprenant Fayolle Jean jr., à découvrir -, qui ne saisit plus tout à fait ce qui se passe depuis leur arrivée en sol africain. Gaëlle Savoie ne semble pas chercher à comprendre ou à éduquer. Elle n’en fait qu’à sa tête. Un certain malaise émane des scènes où le personnage interprété – plutôt maladroitement – par Annie Thériault tente de convaincre les femmes africaines qui l’entourent de se révolter, de quitter leur pays pour aller à l’université, d’avorter, etc. On comprend clairement que l’image véhiculée par les médias occidentaux est passée au broyeur par l’auteure de la pièce. Par contre, un manque de subtilité empêche le propos de marquer la conscience sociale du public.

Loin de moi l’idée de défendre les traitements que subissent les femmes africaines qui sont représentées dans la pièce, mais il semble que le personnage qui aurait du être le porte-étendard de l’ouverture d’esprit n’est pas celui qu’on croyait. L’amalgame des personnages de Mariam Traoré – la fille du Président Traoré, interprétée avec fougue par Aïsha Sow – et de Zalissa, une femme de cultivateur, heureuse dans les champs, – jouée avec candeur par Sarah Elola – ont permis de mieux saisir les enjeux et les conditions de la femme qui tendent, heureusement, à changer graduellement.

Enfin, la mise en scène manque à l’appel. Pratiquement absente et sans ferveur, elle laisse les acteurs et danseurs à eux-mêmes. Ils bougent peu ou ne savent pas comment le faire, manquent d’assurance et restent parfois trop longtemps à ne rien faire sur scène. Plusieurs longueurs dans les présentations vidéos font en sorte que le rythme de la pièce est saccadé, interrompu et manque de fluidité. Le jeu parfois forcé des acteurs montre les inégalités évidentes entre les différents membres de l’équipe.

Cependant, notons l’originalité du décor. Minimaliste, comme pour rappeler que la plupart des Africains ne possèdent que très peu de biens matériels, le décor est constitué de télévisions recyclées où sont présentées quelques reportages, explications de la création de l’Univers où la femme est quasi absente, etc. De plus, deux stores verticaux font oeuvres de paysages variables : les champs de coton et les affiches placardées de la ville. Une belle dichotomie discrètement implantée sur scène par Benoît Grégoire.

Évidemment, ce type de production n’a ni les moyens, ni le savoir des grandes compagnies théâtrales et nous devons en tenir compte. Cependant, cela n’empêche en rien un peu plus de rigueur artistique. L’intention est bonne, mais moins bien rendue que souhaitée.

Pas encore de commentaire.

Baz'Art Virtuel

Julie Ledoux

Pourquoi faire, un slogan? J'vends pas d'chars...

Julie Ledoux