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Baz'Art Virtuel

RIDM 2010 – Jours 5 et 6 : le Diable et la restauration

Julie Ledoux
16 novembre 2010

Ayant raté les débuts des 13e Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal, je m’y suis attelée dimanche soir en me rendant à l’ONF pour le visionnement d’Operación Diablo et lundi soir pour savourer Dish: women, waitressing and the art of service, au Cinéma Parallèle.

Operación Diablo

La lutte pour la protection de l’eau de source naturelle et potable, des rivières, des montagnes et autres n’est pas unique au Québec. Des paysans péruviens, depuis de nombreuses années, tentent de protéger le Cerro Quilish  (Mont Quilish) dans la région de Cajamarca (Nord du Pérou) de l’exploitation minière abusive de Yanacocha, la compagnie en gérant l’exploitation. Stephanie Boyd, cinéaste à l’origine de ce documentaire, rapporte les faits entourant les révoltes et les blocus orchestrés par les paysans et leurs alliés dans la montagne Quilish, paralysant ainsi la mine Yanacocha pendant de nombreux jours en 2004 et 2006.

Luttant pour la préservation de leur source unique d’eau potable aux côtés des paysans, le Père Marco Arana agit comme médiateur lors des négociations entourant les blocus. Il réussit mais à un prix. En 2006, le Père Arana ainsi que les membres de l’organisme de protection et de défense des droits des paysans GRUFIDES sont pris en filature par un réseau d’espionnage. À la solde de la compagnie assurant la sécurité de la mine, les espions filment, photographient, menacent et décrivent les faits et gestes du Père Arana (surnommé «El Diablo» par le réseau d’espionnage) et de ses collègues. La peur s’installe puisque certains défenseurs dont Esmundo, un vétérinaire de la région et ami du Père Arana, ont été assassinés suite à de nombreuses menaces exercées sur ceux-ci et leur famille.

C’est suite à l’arrestation de deux espions pris en chasse par les espionnés eux-mêmes, que la police démantèle enfin le réseau d’espionnage. Les victimes ont pu mettre la main sur les documents les concernant et c’est à ce moment qu’ils constatèrent l’ampleur du réseau et leur commanditaire, FORZA, la société de sécurité de la mine. Et les agissements de la FORZA ne se limitent pas à la région de Cajamarca. La même situation se répète encore plus au nord, à Ayabaca, où 28 personnes ont été enlevées par la FORZA, torturées, puis libérées et accusées de crimes terroristes.

Jusque là, le documentaire de Boyd et son équipe est clair, minutieusement constitué et fort intéressant, bien que traitant d’un situation inacceptable. Tourné en partie en temps réel (lors des blocus) et en partie en entrevues avec les principaux protagonistes, le documentaire offre une perspective honnête, simple et efficace, bien qu’axée exclusivement sur les témoignages du côté paysan et GRUFIDES. Pourtant, lorsque l’ancien Président Fujimori est mêlé à l’histoire et, comme l’Histoire nous l’a appris, condamné pour crimes contre l’humanité, il est difficile de suivre le lien entre les événements de Cajamarca et Ayabaca. On comprend que les agissements de la FORZA ont été cautionnés par les dirigeants d’Angleterre de la société ainsi que par le gouvernement péruvien. Mais reste que ces éléments et leurs liens sont plutôt nébuleux puisque Fujimori fut en place de 1990 à 2000 et non pendant les blocus de 2004 et 2006. Peut-être s’agit-il d’incompréhension de ma part, mais le lien n’est pas très clair. Cela dit, il s’agit d’un documentaire fort intéressant, qui porte un regard sur la toute puissance des sociétés minières.

69 min. / Canada

En compétition dans les catégories EcoCaméra et Meilleure oeuvre Québécoise ou Canadienne

Dish: women, waitressing and the art of service

Lundi soir, j’ai laissé tomber le documentaire de Lou Reed, Red Shirley, pour me gâter à l’écoute du film de Maya Gallus des Red Queen Productions. Ayant travaillé plus de dix ans dans divers milieux de service à la clientèle – dont la restauration -, je souhaitais comprendre comment d’autres vivent leur situation de service. Ce portrait complet qu’effectue Gallus nous entraîne dans divers niveaux de la restauration. Des trucks stops, aux grands restaurants français, en passant par des restos «sexys», on voit des femmes et des hommes, mais surtout des femmes, de toutes les générations affronter des clients, servir ceux-ci, leur faire plaisir ou encore recevoir des compliments.

Ce portrait juste et touchant sur ce qu’on pourrait appeler «la société du service», offre une perspective intéressante sur la division entre le service fait par les hommes et celui exécuté par les femmes. Il semble que les hommes soient maîtres des grands restaurant, de la haute gastronomie, où la classe est de mise. Selon les serveurs et maîtres d’hôtel français du Taillevent, à Paris, le monde plutôt machiste de la haute restauration demeure responsable de cette division. Cependant, certaines femmes taillent leur place dans le monde de la haute. On retrouve donc Sonia et Kathya, toutes deux imposant leur place en tant que serveuse et maître d’hôtel.

Pour leur part, les femmes comme Pam et Jelena au Ten Acre à Belleville (Ontario), qui servent dans les fameux trucks stops et autres restaurant de service rapide, affirment que les femmes demeurent si présentes dans ces endroits peu luxueux car elles font office de mère, de femme ou de copine d’un jour lorsqu’elles servent ces hommes de passage. Pour Ash, la propriétaire du George Street Diner à Toronto, il est important d’offrir un certain support aux clients mais sans se laisser marcher sur les pieds. L’incursion dans le monde de la restauration «sexy» à Montréal offre aussi une vision différente du métier de serveuse. Ces femmes du Housters, du Buona Notte ou encore chez Les Princesses sont consciente de l’image qu’elles projettent Elles aiment leur métier et acceptent que la beauté et parfois la nudité vendent. Aucun jugement n’est porté par la cinéaste dans le traitement des informations et de l’image. Tout semble si naturel que l’on en arrive à se demander ce qui nous choque le plus : la nudité ou la servitude.

Et servitude il y a au Japon. L’équipe de Dish se rend jusqu’à Tokyo pour découvrir le monde des servantes (maids). Si la distinction entre serveuse et servante est bien claire dans tous les pays, villes et restaurants visités avant ceux du Japon, ici, ce n’est plus le cas. La visite de Maids Cafés et du Wonder Parlour Café impressionne. On y retrouve des femmes jouant le rôle de servantes (costumes à l’appui) pour des clients esseulés ou curieux. Si les Maids Cafés semblent favoriser la notion de Maître et de Servante, le Wonder Parlour reste plus distingué dans sa conception victorienne de la chose.

Enfin, ce documentaire bien construit nous présente les aspirations de ces femmes qui souhaitent parfois rester serveuses toute leur vie ou encore changer complètement de branche. Certaines font ce métier de mère en fille, tandis que pour d’autres, il serait impensable d’agir de la sorte. Certaines souhaitent devenir Chef ou posséder leur propre restaurant, d’autres ne souhaitent leur sort à personne. Cependant, la piste de réflexion qu’offre Jean-Marie, employé au Taillevent (Paris) depuis 35 ans, est intéressante. Il affirme qu’en Amérique du Nord, être serveur ou serveuse est un job, tandis qu’en Europe (particulièrement en France), il s’agit d’un vocation. Vrai ou faux?

68 min. / Canada

En compétition dans les catégories Doctape et Meilleure Oeuvre Québécoise ou Canadienne

Un commentaire

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Pourquoi faire, un slogan? J'vends pas d'chars...

Julie Ledoux