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Baz'Art Virtuel

The Unsettlers : Oil and Blood (critique disque et pochette)

Julie Ledoux
8 décembre 2010

Le 13 novembre dernier, j’ai eu un sale coup de foudre pour The Unsettlers. Le spectacle-lancement que le groupe aux 11 tentacules a donné au Rialto m’a renversée tant au niveau musical que visuel. Et que dire du Rialto, antre fabuleux qui cadrait parfaitement avec le style des Unsettlers. Côté disque, le groupe en a mis plein les oreilles de son public puisqu’il a courageusement décidé de lancer son second album, un double, Oil and Blood.


Acte 1 : Oil

The Unsettlers, c’est une ambiance, avant toute chose. Un peu gitan, un peu noir, maîtres d’un cirque qui les met eux-mêmes en scène, ils s’activent tranquillement, montent le ton, s’exclament et font entrer graduellement les plus réticents dans leur danse grandiose. Alternant entre les voix de Baltimore Washington Brandes (guitare et voix), de Brie Neilson (voix, choeurs et guitare) et de Santosh Lalonde (accordéon et voix), le premier de deux disques du groupe a de quoi faire frémir. Les voix graves des hommes mélangées aux plus aiguës des deux choristes (Neilson et Geneviève Schreier), doublées de piano, de violon aux accents gitans voire klezmer, ne laissent rien au hasard. Déjà sur la seconde pièce du premier disque, «Show Me To The Pine Tree», les chuchotements, les montées vocales et les cuivres bien présents (tuba, trompette, etc.) accentuent l’effort presque macabre, rappelant les ambiances créées par Edgar Allan Poe dans ses nouvelles ou Tom Waits, sur ses pièces les plus langoureuses et sombres.

Le disque progresse de cette manière et nous entraîne parfois dans de superbes marches funèbres ou sur un nuage noir… Vous rappelez-vous de Corteo, ce spectacle du Cirque du Soleil où une ribambelle de gens du cirque se rassemblaient pour rendre un dernier hommage à un clown décédé? Et bien, il semble que ce soit exactement ce sentiment qui se soit dégagé  de cette première partie du dernier opus des Unsettlers. Pas surprenant si l’on se rappelle que le groupe était à l’honneur lors de Carnivàle, un cirque qui a cessé ses activités trop rapidement, l’été dernier, à Bromont. La musique des Unsettlers, comme une huile noire et grasse qui s’écoule lentement, tout se fait par à-coups mais sachant réellement où se diriger, par montées fulgurantes et descentes nostalgiques.

Si les pièces écrites et chantées par Brandes sont plus douces, celles où Lalonde prend la parole – rauque, il faut le mentionner! – se présentent de manière plus joyeuse bien que les thèmes abordés ne le soient pas («Graveyard Club»). On y sent tout de même une communauté de voix, des harmonies bien senties et toujours ces merveilleux cuivres qui charment autant qu’ils frappent l’auditeur. Quant à Neilson, empreinte d’une grâce et d’un petit country folk, elle offre le penchant féminin de l’imaginaire des Unsettlers, présentant fréquemment des pièces qui marquent une pause, un moment réflexif dans le tourbillon de Oil and Blood.

Acte 2 : Blood

La seconde partie s’amorce sur «Two Dead at The Five and Dime», une pièce au rythme beaucoup plus rapide que ce à quoi Oil nous avait habitué jusque-là. C’est à ce moment que tous – auditeurs et musiciens – entrent dans la danse, bougent aux rythmes des onze Unsettlers. [On confirme que ce sont onze membres permanents, incluant la contorsionniste toujours présente sur scène qui crée l'ambiance de cirque gitan à laquelle on s'attend.] «The Mud» tire vers les harmonies alcoolisées mais toujours justes, tout comme «The Eyes of the Pines», plus coquine. Plus Blood avance, plus on remarque les rythmes et harmonies sont plus accélérés et ont plus de coffre que sur Oil («A Bell Hop’s Lament», «Boots», etc.). Difficile de rester en place en vivant au rythme de «Disco Junkie», de la voix de Santosh Lalonde, des harmonies de Neilson et Spreier, et des cuivres qui s’imposent à nouveau. C’est un cirque grandiose de gypsies qui entraîne l’auditeur. Puis, on redescend à nouveau dans les bas-fonds avec «Washing of the Sins», une pièce instrumentale, qui marque une pause dans cette deuxième partie de Oil and Blood. Et on continue ainsi, montant à une vitesse vertigineuse, puis redescendant dans le plus noir des soirs. The Unsettlers ne nous laissent aucun répit et, bien qu’un album double peut être considéré téméraire, il ne laisse pas l’auditeur sur sa faim. À onze membres, on se doute bien que l’inspiration n’est jamais à sec.

Acte 3 : La pochette!

Un superbe travail visuel de la part du pianiste de la bande, Dustyn Lucas (qui exposait récemment ses oeuvres à la Galerie Art Neuf), aidé en partie par Brandes. Les fioritures, la calligraphie, l’alternance blanc-noir-rouge, tout évoque l’esprit des Unstellers : tantôt baroque, tantôt gypsie, toujours nomade et en-dehors de la carte. La simplicité apparente de la pochette et du design se retrouve en partie dans les pièces du groupe, malgré le nombre imposant de troubadours qui le composent, musiciens et  chanteurs, échangeant les rôles au gré de leurs désirs.

On peut découvrir le talent de Dustyn Lucas sur son site personnel.

Santosh Lalonde qui fait aussi partie de Bad Uncle, groupe aux accents plutôt folk et blues, sera en spectacle le jeudi 9 décembre 2010 avec Buddy McNeil and The Magic Mirrors au Divan Orange. Découvrez le groupe en entrevue avec Mike Savard, peu avant le lancement de leur album cet été.

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