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Baz'Art Virtuel

5F au Théâtre Sainte-Catherine : (dés)amour familial

Julie Ledoux
9 décembre 2010

Du 8 au 18 décembre, le Théâtre Misceo présente 5F au sympathique Théâtre Sainte-Catherine. On y retrouve cinq femmes aux parcours différents mais toutes unies par un lien familial. Ténu ou non, ce lien sera mis à l’épreuve lorsque la cadette de la famille, Delphine, annoncera à sa famille – lors du mariage de son frère aîné, – qu’elle s’est tournée vers l’Islam et qu’elle est fiancée à un homme d’origine arabe. Et vous, comment réagiriez-vous si cela se produisait dans votre famille?

C’est exactement ce que le texte de Jocelyn Roy nous propose comme problématique. Et quelle problématique est-ce! Aux heures post-accommodements raisonnables au Québec et à l’aube des «célébrations» du 10e anniversaire des événements du 11 septembre 2001 (et la paranoïa qui s’ensuivit) aux États-Unis, le sujet n’est que trop actuel. On pourra se demander même si nous n’avons pas suffisamment de recul pour en faire le sujet d’une pièce de théâtre, là, maintenant. Roy nous prouve bien qu’il faut s’y plonger tête première pour comprendre.  Ce texte fort et juste, incorporant réflexions solitaires et dialogues  agités et passionnés, nous force à nous confronter à nos préjugés, à repenser nos idées acquises. Crises, larmes, cynisme, ironie, incompréhension, amour, etc., les personnages de la pièce passent par une gamme d’émotions fortes, toujours difficiles à contrôler. Ces cinq femmes et actrices passent de l’une à l’autre de ces émotions et le font avec brio, ne sachant jamais sur quel pied danser ou que penser.

Et le public se retrouve sur cette même ligne mince entre la tolérance et le jugement. Connaît-on bien l’histoire de cette grand-mère (Hélène Roy, sensible et grandiose dans les moments de solitude), veuve trop jeune et incapable d’assumer l’amour de ses enfants et le trône du chef de famille? Ou encore cette mère orgueilleuse et fière (Danielle Fichaud, forte, drôle, agaçante dans les crises de Jeanne et toujours juste) ne se laissant pas marcher sur les pieds, offrant maladroitement son amour à ses enfants, piquant des crises à tous vents? Et Delphine et Geneviève, les deux soeurs séparées par le temps et la vie, elles qui furent si proches, éventuellement séparées par les croyances religieuses? Interprétées par Maudo Choko et Amélie Carrier – justes et si différentes dans leurs rôles respectifs de la douce et effrayée petite soeur, et dans celui de la forte et orgueilleuse grande soeur -, elles sont à des kilomètres l’une de l’autre et pourtant, finiront par se comprendre.

Ces quatre personnages semblent bien ancrés et solides, tandis que la cinquième femme, fraîchement arrivée dans la famille puisqu’elle marie le frère aîné, offre un côté léger et humoristique avec son personnage de princesse. On croit peu à la sincérité de cette dernière, interprétée par Janice Wu, et ses interventions semblent parfois plaquées dans certains passages ou dans certaines scènes. Cela dit, Ashley, la future mariée, apporte tout de même une légèreté nécessaire à une pièce abordant des sujets sensibles comme la religion, les croyances, les préjugés, l’amour et la famille.

La mise en scène de Jean Belzil-Gascon rend justice à la complexité et à la sensibilité des sujets abordés dans 5F. Simple et efficace dans un espace plutôt exigu – le Théâtre Sainte-Catherine -, la mise en scène met l’accent sur les relations entre ces cinq femmes, dont les rapprochements physiques se font difficilement. Faire avancer chaque personnage à tour de rôle à l’avant de la scène pour exprimer une confidence qui se veut solitaire et non pas racontée au public, permet de mieux comprendre la psychologie et le vécu des cinq femmes qui se partagent la vedette. De plus, le jeu entre le haut de la scène et le bas, en alternance, vers la finale de 5F, rend l’émotion palpable et ne laisse aucun repos au spectateur qui peine à s’en remettre.

Enfin, le décor sobre, représentant les différentes pièces où se tiennent le mariage ainsi que les chambres des cinq femmes, permet de focaliser sur les personnages et non pas sur leur environnement. Les éclairages et la conception sonore aussi discrets et bien adaptés ne volent pas, eux non plus, la vedette aux femmes qui nous intéressent et qui se livrent à nous, à nu. Bien entendu, l’expérience de certaines actrices se fait sentir – on pense ici à Danielle Fichaud, en mère «libre» – et invite les plus jeunes à hausser leur jeu d’un cran. On ne peut qu’applaudir cette variation en âge et en expérience dans une pièce créée par de jeunes auteur et metteur en scène. Une création-choc, et non pas choquante, qui nous confronte à certains de nos plus imposants préjugés de société.

La pièce 5F sera présentée au Théâtre Sainte-Catherine jusqu’au 18 décembre, du mardi au samedi en soirée, ainsi qu’en matinée le dimanche 12 décembre. Contactez le theatremisceo@gmail.com pour toute demande de billets mais dépêchez-vous car les soirées complètes se multiplient!

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