BangBang : bangbangblog.com

Baz'Art Virtuel

Les Mutants à l’Espace Go : conjuguer ses rêves au présent

Julie Ledoux
12 janvier 2011

Crédit photo : Bruno Guérin

Le Théâtre de la Banquette Arrière récidive en ce début d’année 2011 avec la pièce Les Mutants présentée à la seconde salle de l’Espace Go.

Dans une sorte de fresque du temps qui passe et de l’histoire du Québec, les acteurs, metteur en scène et auteurs nous font revivre, de manière foudroyante et efficace, toute notre histoire personnelle et générationnelle. Le décor de la pièce se tient dans une salle de classe, entre primaire et secondaire, où des adultes en costume d’école revisitent leurs souvenirs, leur génération, leur famille, etc. On y voit l’évolution de la famille québécoise, de catholique tissée serrée à athée, séparée et reconstituée.

L’idée originale de Sylvain Bélanger et Sophie Cadieux invite à une réflexion profonde et nécessaire sur le Québec d’aujourd’hui, ses aspirations, son peuple. À l’aide de discours et écrits passés ou présents (Jean-Charles Harvey, Dany Laferrière, Leonard Cohen, Paul-Émile Borduas, etc.), les personnages entrent en eux-mêmes, revivent leurs rêves passés, leurs déceptions présentes, leurs peurs, leurs succès et tant d’autres événements qu’on oublie facilement ou qu’on valorise rarement.

C’est avec justesse que la mise en scène de Sylvain Bélanger rend hommage au quiz, à l’art oratoire, à la prise des présences et tous les éléments d’une bonne (ou mauvaise) éducation, passée ou présente, à grands coups de compétences acquises, de A -, de 75%, de cours de F.P.S., de création et d’accumulation de matière. On apprécie que le texte fasse valoir les différents points de vue qui constituent la société québécoise d’aujourd’hui et permette la confrontation des idées et idéaux.

Un conférencier invité – à l’image des conférenciers invités par nos professeurs –, tout droit sorti du public vient agrémenter un texte solide et une mise en scène fluide. Le 11 janvier, nous avons pu entendre une conférence de Owen A. Rose, architecte spécialiste du design durable, Vancouvérois d’origine et établi à Montréal depuis 15 ans. Une belle rencontre qui faisait regretter de ne pas assister à toutes les représentations pour découvrir tous les conférenciers invités.

Si on apprécie que le professeur (Bélanger) fasse encore figure d’autorité et prenne place dans les estrades, on aime aussi la simplicité du décor de la salle de classe – tableau noir, craies et bureaux d’un siècle passé – juxtaposé aux projections multimédias (films, textes, etc.) sur des stores unis. La musique prend, elle aussi, une place importante dans la nouvelle création du Théâtre de la Banquette Arrière. On passe avec aisance de Léo Ferré – chanté par Renée Claude -, aux Breastfeeders, en passant par une version a cappella de « J’veux pas vieillir » composée par Boom Desjardins et qui a fait vibrer le public jusque dans ses tripes puisqu’elle fut interprétée de manière incroyablement juste et sensible par les huit « élèves » de la classe. Ces derniers passent aisément du chant à la danse (avec l’apport conceptuel de Frédérick Gravel pour cette dernière), à l’interaction, au mime, du rire à la peur, du stress à la douleur. Tout se confond et s’agite, entre un questionnaire d’entrevue et un questionnement sur le tatouage idéal. On leur fera dire que « dans ce tout-là, je suis un peu comme un p’tit dragon » ou encore que « les limites de mes rêves ne sont plus les mêmes ». On comprendra que vieillir fait peur lorsque la jeunesse s’en va, mais que l’âge adulte ne vient jamais assez vite quand on note encore une dictée.

Ainsi, du discours politique, au patriotisme dilué, en passant par la découverte de soi et de son histoire, tous les personnages interprétés avec justesse et sincérité par les Sylvain Bélanger, Sophie Cadieux, Amélie Bonendant, Rose-Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle-Bourdon, Anne-Marie Levasseur, Éric Paulhus et Simon Rousseau, mènent leur destinée avec difficulté, courage, hésitations mais toujours avec le désir de vivre le mieux possible. On s’y reconnaît, à tous les âges.

Du 11 au 22 janvier 2011, à l’Espace Go.

www.banquettearriere.com

Un commentaire
  • Éric Dumais
    14 janvier 2011

    Article très intéressant. J’ai vraiment le goût d’aller y assister, mais… mais… j’ai pas le temps! Haha :)

Baz'Art Virtuel

Julie Ledoux

Pourquoi faire, un slogan? J'vends pas d'chars...

Julie Ledoux