BangBang : bangbangblog.com

Baz'Art Virtuel

Ralph Elawani de Vintage Violence Records et Shortpants Romance se prononce lui aussi sur la cassette!

Julie Ledoux
31 mars 2011

Dans le cadre de l’article paru il y a une dizaine de jours sur le pseudo/potentiel/oui bien sûr retour de la cassette dans nos vies, je vous offre les réponses de Ralph Elawani de Vintage Violence Records (et Shortpants Romance). Trouvant ses explications intéressantes et bien tournées et n’ayant pas pu les inclure de manière intégrale dans l’article original, je me permets de publier ce questionnaire (maison). Si les questions peuvent parfois se recouper, c’est qu’elles étaient conçues d’avance et ne pouvaient être modifiées en cours de route. De plus, aucune modification ni correction n’a été apportée aux réponses. Gâtez-vous!


Pourquoi ce projet de cassette ? [ndlr : Vintage Violence Records prévoit lancer une cassette bientôt.] Comment se développera-t-il ? Des noms déjà en tête ? Quand devrait-elle sortir ?

J’ai de bons souvenirs des cassettes que je passais des heures à faire pour mes amis étant adolescent; j’ai toujours aimé ce format parce que c’était entre la carte d’affaire et la contagion émotionnelle qui rend une amitié spéciale. C’est aussi le format tangible le plus compact – si on exclut le flop monumental que fut le mini-cd, format qui n’eut d’égal en termes de ridicule, que sont opposé, le disque laser (i.e. un gros LP en format laser). Je veux le faire en cassette parce que ce sera beaucoup plus pour des amis et des échanges incestueux. On garde ça F.U.B.U.  (for us by us) et le cochon est dans le maïs. Le programme officiel devrait être lancé avant le prochain solstice.

Est-ce que Vintage Violence Records projette de lancer plusieurs cassettes ?

Advienne que pourra  (chérie, je t’aime, oh oui je t’aime).

Quel est l’intérêt d’utiliser ce médium de diffusion ? Intérêt sonore ? (low-fi recherché ?) Le produit en tant que tel ? L’originalité ?

Rechercher le low-fi c’est presque aussi original que d’avoir un site web. Le seul intérêt est que les convertis partageront le tout et il n’y aura pas de pertes autres que ce qui ne se vendra pas. Autrement dit, le tout aura une vie autre que la décoration d’une chambre de jeune fille honorée par le comité de parents de son école pour son originalité en arts plastiques. Le coût est si bas pour la production, que cela permet de faire un nombre d’unités répondant vraiment à la demande. Il est absolument certain qu’on n’en vendra jamais 500 copies dans cent ans. Alors en plus d’être incestueux, ce sera snob comme excuse car on pourra citer  E. F. Schumacher et dire que la plus récente technologie n’est pas nécessairement la plus apte à répondre à nos besoins.

Est-ce que le cd est rendu «plate» ?

Pas plus qu’avant; je n’ai pas eu de discman depuis mon secondaire 2 (on me l’a volé et je me suis tourné vers mon baladeur). La manière dont les gens consomment la musique change beaucoup plus rapidement que la musique elle-même. C’est la même chose pour tout ce qui se vend et s’achète; les sauces s’étirent et de cette façon, deviennent intergénérationnelles. Théoriser l’échec du format cd est une mode qui passera bientôt –tout comme le principal intéressé du débat- mais je ne vois pas le vinyle (ou même la cassette) s’éteindre dans les années qu’il me reste à vivre selon l’espérance de vie humaine.

Crois-tu que l’engouement soudain pour le retour de la cassette soit plutôt à la base d’une mode comme l’est un peu le retour du «vintage» ? Une mode qu’il ne faudrait pas trop prendre au sérieux ? Ou au contraire : est-ce plutôt le retour du balancier, la roue qui tourne, un cycle musical qui revient à son départ ?

Le retour au vintage n’est pas nouveau et n’est pas un retour, c’est juste que la technologie nous a permis de mettre un peu plus le doigt sur ce qui est vintage et a fait circulé l’information plus facilement. Autrefois, les gens qui aimaient le rétro avaient quelques hôtels devant lesquels ils pouvaient vouer un culte à un sage qui avait vu/connu ces époques. De là les looks un peu maladroits de certains individus qui tentaient d’improviser des modes inspirées par les années 30 et 40 etc. Tout le charabia et la théorie postmoderne explique d’ailleurs beaucoup mieux ces aspects de notre culture, mais règle générale, les ‘‘engouements’’ ne sont pas réellement soudains et les gens qui les prennent au sérieux sont les premiers à changer leur fusil d’épaule. Il est toujours mieux de se garder une poche pleine de rêve plutôt que d’arborer une toison d’or en laine d’acier.

Crois-tu qu’il s’agisse d’un médium «générationnel», c’est à dire qu’une certaine génération l’utilise plus qu’une autre ?

La seule chose que je peux affirmer c’est que la génération à qui le médium était destiné l’a délaissé de manière évidente. En ce sens, ce n’est pas générationnel, mais qui sait…

Est-ce un médium qui est voué à demeurer dans l’underground ? Est-ce plutôt simplement une carte d’affaire ?

Je vois bien mal CHOM FM ou bien Radio  X se ruer chez Primitive ou Cheap Thrills pour acheter la dernière cassette de Ultrathin ou The Famines; simplement parce que le format n’est pas destiné à offrir une expérience audiophile dans la mesure où la qualité visée met l’emphase sur la haute fidélité, ce qui est largement le cas lorsqu’on s’adresse à un grand publique. Pour revenir à l’idée du low-fi, il faut garder en tête que c’est réactionnaire à la base, mais que de plus en plus, des têtes folles se permettent d’en faire une carrière, en cachant leur manque de talent évident –au sens très large- sous un mur de reverb et une qualité pitoyable de fidélité du son. On ne peut vraisemblablement pas s’empêcher de rire lorsqu’on fait la comparaison suivante : un groupe de jeunes qui n’ont visiblement pas d’adversité à combattre ou bien de statement à offrir et qui empruntent un son, versus, un groupe d’adultes établis et mainstream qui emprunte les habits de jeunes qui ont visiblement quelque chose à combattre ou un statement à faire passer.

Vois-tu la cassette comme un objet de collection ? As-tu encore des cassettes chez toi ? (Lesquelles ? Souvenirs d’enfance ou achats récents ?)

Absolument pas, lorsque cela se rapporte au trois quarts des parutions,  mais c’est tout simplement parce que je ne collectionne pas; au même titre que je vois les timbres comme un moyen de faire voyager mes lettres vers les maisons des gens que j’aime et de la même manière dont je perçois les macarons ou bien les boutons et de la même manière dont je ne perçoit pas un chef cuisinier comme une vedette. J’ai encore des cassettes, mais je ne recherche pas les cassettes de groupes qui ont fait paraître des versions vinyles; je n’ai que faire d’avoir deux copies de Born Innocent de Redd Kross ou de Keep de Fire de Kenny Loggins. Si je tombe sur des trucs comme les cassettes de Déjà Voodoo, le ‘Exile on Main St.’ de Pussy Galore, les demo tapes de groupes hardcore ou de la musique arabe spéciale, je saute dessus parce que ce sont les versions originales et que ça me permet d’entendre ce qui, dans une certaine mesure, était l’essence première de la production,  mais c’est pas mal plus de la névrose qu’autre chose de ma part. Dans une certaine mesure, c’est encore un fantasme de F.U.B.U. que je me fais; écouter de la musique c’est être égocentrique, un point c’est tout. C’est quelqu’un qui décide de donner ses deux cennes à qui veut bien prendre ça pour du cash, peu importe la devise.

Pour plus d’infos sur les projets de Vintage Violence Records et Shortpants Romance, on se rend ici.

3 commentaires
  • Une fan des Nordiques
    4 avril 2011

    Hôtels => autels.

    #correction

  • Une fan des Nordiques
    4 avril 2011

    Publique => public.

    #correction

  • Julie Ledoux
    4 avril 2011

    Mademoiselle la fan des Nordiques,
    J’espère que vous ne ferez pas la correction complète du questionnaire de Ralph Elawani en 28 commentaires. Tel que mentionné en introduction, les fautes n’ont pas été corrigées et l’authenticité des réponses est conservée.
    Je vous remercie d’être indulgente.

Baz'Art Virtuel

Julie Ledoux

Pourquoi faire, un slogan? J'vends pas d'chars...

Julie Ledoux