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Baz'Art VirtuelVilles Mortes : femmes et villes déconstruites mais fièresJulie Ledoux7 avril 2011
Depuis le 5 avril, on retrouve quatre femmes aux destins fort différents sur la scène de la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui. Quatre femmes qui racontent leur vie par l’entremise d’une ville ravagée ou inquiétante. La nouvelle création d’Abat-jour théâtre, Villes Mortes, présente quatre monologues écrits par Sarah Berthiaume qui nous invitent à nous mesurer aux destins de femmes aux parcours variés. On passe d’une jeune amoureuse rejoignant l’être aimé à Naples qui nous dessine sa peine avec l’aide du Vésuve et Pompéi, puis on tombe sur une fille de mineur dont le lieu de naissance a été détruit lorsque la mine de Gagnonville a fermé ses portes, au milieu des années quatre-vingt. Soudainement, c’est une jeune comédienne fauchée qui sera confrontée à des zombies au quartier DIX30. Enfin, c’est une jeune mère qui travaille au service à la clientèle d’une compagnie qui nous parle depuis Kandahar. On s’y perd ? Pas du tout. Il s’agit presque d’une logique implacable, liée par la musique de Géraldine et Navet (Confit), si bien choisis pour accompagner ces monologues et leur rendre justice par l’absurdité et la confrontation des idées. Si la mise en scène de Bernard Lavoie est relativement sobre et permet de bien utiliser toute la scène et le lit qui servira de base aux quatre monologues, elle s’adapte surtout aux différents caractères des quatre personnages. Cela dit, il semble parfois que certaines femmes en ont plus à faire que d’autres, si l’on en croit la performance de Stéphanie Dawson qui devient presque plus gymnaste qu’actrice à certains moments! Ainsi, le lit aura un rôle différent d’une scène à l’autre. Il deviendra tour à tour un lit (!), un lit-scène, un mur d’escalade et une prison à tendance roulotte ou boardwalk. Des quatre monologues, on retient évidemment les thématiques du vide, du deuil, de l’origine du monde et de tout. On retient que l’éphémère est inévitable mais qu’il est parfois appréciable. Il y a sans doute quelques inégalités dans la qualité des monologues, bien qu’ils soient tous très agréables à entendre. Tantôt drôles, tantôt tristes, parfois choquants, il faut noter que le monologue de l’amoureuse à Naples et Pompéi est presque un classique s’il n’était question de la personnification du Vésuve. La femme (interprétée par Céliane Trudel) transie qui sera évidemment cocue est une situation prévisible à souhait. Le côté un peu convenu de l’interprétation agace parfois au début, bien qu’elle se soit réajustée vers la fin du monologue. Malgré cet écart du premier monologue, Sarah Berthiaume démontre autant de vigueur sur scène que sur papier. En native de Gagnonville qui ne parvient pas à gagner le respect de son père ex-mineur, elle est d’un comique qui frôle avec justesse le sensible. Elle parvient à nous faire entrer dans son jeu et nous émouvoir. Stéphanie Dawson est impressionnante dans son jeu très physique, utilisant sa musculature pour faire pirouettes et acrobaties, sans s’essouffler sur scène, faisant rire le public jusqu’aux larmes avec son personnage poursuivi par des zombies au DIX30. Enfin, à Kandahar, une serveuse réussit à nous faire croire que la guerre nous est familière, tout d’un coup. Joëlle Paré-Beaulieu a donné une âme à son personnage qui, de jour, est pratiquement un robot au service des militaires. Paré-Beaulieu est magistrale, entraînant tantôt le spectateur au bord des larmes, puis le ramenant au rire sincère. Une très belle découverte! Dans cette nouvelle création de Sarah Berthiaume, chacun y trouvera sans doute ce qu’il cherche dans l’éphémère d’une vie et d’un monologue, gravé par l’imaginaire de l’auteur qui nous en met plein la vue et les oreilles avec des paroles parfois crues, parfois douces, rappelant la frivolité qui suit parfois la gravité de certaines situations. Jusqu’au 23 avril, à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui. Crédit photo : Jean-François Hamelin
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