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Baz'Art Virtuel

«Orphelins» à La Licorne: la peur de l’autre ou «C’est pas c’que j’dis!»

Julie Ledoux
12 janvier 2012

C’est à la nouvelle et resplendissante Licorne, sise rue Papineau, que la pièce de Dennis Kelly, Orphelins est présentée du 10 janvier au 18 février.

Traduite par la plume mordante de Fanny Britt et mise en scène par Maxime Denommée qui en était à sa seconde mise en scène de Kelly, après celle d’Après la fin (2011), la pièce nous entraine avec brio vers une thématique abondamment abordée dans les dernières années : notre rapport à l’étranger.

En plein milieu d’un souper en tête-à-tête, Helen (Évelyne Rompré) et Danny (Steve Laplante) se font interrompre par le jeune frère d’Helen, Liam (Étienne Pilon), qui se présente couvert de sang. Il raconte son histoire à ses interlocuteurs, affirmant avoir tenté d’aider un jeune homme baignant dans son sang, sur le bord de la rue, lacéré des pieds à la tête. La situation est tendue. Helen et Danny s’interrogent, interrogent Liam. Liam est énervé, instable. Au fil de la conversation, l’histoire se transforme et influence les réactions des protagonistes.

En exploitant aussi la force des liens familiaux, la pièce de Dennis Kelly explore les relations fraternelles (Helen et Liam sont orphelins depuis leur enfance) et maritales (Helen et Danny sont mariés et attendent un deuxième enfant). Quelle relation sera la plus forte? Celle de la sœur voulant protéger son frère? Celle du mari voulant protéger sa famille? Celle qui chaque jour éloigne les deux moitiés d’un couple? Jusqu’au irions-nous pour protéger ceux que nous aimons de ceux qui nous effraient ou qui représentent pour nous l’inconnu?

La réponse est sans doute : loin. Très loin.

Enfin, suffisamment loin pour rompre des liens très fort et pousser à bout ceux qu’on aime. Les trois acteurs qui portent cette pièce d’1h35 tentent de se rendre au bout d’eux-mêmes et y parviennent dans la majorité des cas. Si parfois, le texte semble supplanter le jeu d’acteur et le force jusqu’à le rendre peu crédible (Steve Laplante en discutait en entrevue, plus tôt cette semaine : le texte est fort difficile à mémoriser puisqu’il est très décousu), le propos lui, fait travailler nos méninges à grande vitesse. Comment réagirions-nous si nous étions confrontés aux situations dans lesquelles se retrouvent les trois personnages?

Notons que la mise en scène de Denommée est très dynamique et que les acteurs gèrent fort bien tout l’espace de l’appartement IKEA qui leur est donné. Étienne Pilon est brillant et généreux de sa personne dans le rôle de Liam, torturé, influençable, tantôt honnête, tantôt malicieux, indécodable. Le style de jeu de Maxime Denommée – lorsqu’il interprète ce type de personnage torturé – pouvait même être détecté dans celui de Pilon, ce qui n’est pas mauvais du tout. De leur côté, Rompré et Laplante, dans leurs rôles d’amoureux à la dérive, cassent le rythme des scènes, créant des conflits de couple qui sont tantôt justifiés, tantôt non. Dans ces situations, le jeu pouvait parfois être forcé, comme s’ils n’y croyaient pas nécessairement, à cette dispute. Rompré, en particulier, luttait avec un texte qui ne coulait pas aussi facilement qu’il l’aurait du. Cela dit, on parvient à tour de rôle à aimer et détester les gestes et paroles de chacun des personnages : mission accomplie pour les trois interprètes!

En bout de ligne, la pièce de Kelly, mise en scène par Denommée, frappe là où ça compte : jusqu’où irions-nous pour protéger nos proches? À nous de le découvrir.

Du 10 janvier au 18 février à La Licorne.

Cote Ledoux : 3,4/5

La pièce sera présentée avec surtitres anglais les vendredis 27 janvier, 3 février, 10 février et 17 février.

Visionnez un extrait de la pièce:

theatrelalicorne.com

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