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Baz'Art Virtuel

«Moi, dans les ruines rouges du siècle»: famille, patrie, théâtre

Julie Ledoux
15 janvier 2012

Jusqu’au 4 février, Trois Tristes Tigres présente Moi, dans les ruines rouges du siècle, au Théâtre d’aujourd’hui. Cette pièce, écrite et mise en scène par Olivier Kemeid, est inspirée de la vie de l’acteur Sasha Samar, d’origine ukrainienne, et foudroie avec son jeu entre vérités et mensonges, entre Histoire et récit de vie.

Campé dans une URSS chancelante, le récit de la vie de Sasha Samar offre une vision unique d’un siècle de mensonges et de peur. Entre la domination du parti communiste, l’URSS qui se fragmente, les jeux Olympiques de Moscou, l’accident nucléaire de Tchernobyl en Ukraine, Nadia Comaneci et Guy Lafleur, se trouve la vie de Sasha Samar, de sa famille et de ses amis.

Sasha, jeune garçon vivant avec son père Vassili (Robert Lalonde) dans une ville minière d’Ukraine, passera son enfance à croire que sa mère, Galina (Annick Bergeron) est partie, puis est décédée. Cependant, c’est son père aimant jusqu’à l’étouffement qui lui cache la vérité : sa mère est bien vivante, mais a refait sa vie, quelque part en Sibérie. Lorsqu’il apprendra la vérité, Sasha fera tout en son pouvoir pour retrouver sa mère. Tantôt seul, tantôt avec l’aide de ses amis, Anton et Nadia, joués par Geoffrey Gaquère et Sophie Cadieux.

Au fil de l’histoire de la vie de Sasha Samar, on découvre des acteurs du quotidien, des événements historiques, vécus par Samar alors qu’il était encore en URSS, puis après la chute du Mur de Berlin et finalement, après le démantèlement de URSS et l’indépendance de l’Ukraine. Vivre ces événements, par les yeux de Samar, c’est un peu se plonger dans une Histoire – avec un grand H – que nous ne connaissons que de l’extérieur. En devenant pratiquement l’interlocuteur de Samar, le public ne peut qu’avoir l’impression de vivre ce récit, d’être aussi un témoin de l’Histoire qui nous est racontée avec sensibilité et humour.

Avec la brochette d’acteurs recrutés par Kemeid et Samar, impossible de rater la cible, sur scène. Le jeu y est très physique et Samar, en particulier, donne dans l’entraînement sérieux! Bien qu’il s’agisse de sa propre vie, son jeu n’est ni blasé ni trop introspectif. La justesse de son interprétation fait rire autant qu’elle bouleverse, alors qu’il parvient à nous convaincre qu’il est tour à tour un enfant candide de 3 ans, puis un jeune acteur prometteur de 17 ans, puis un militaire de 22 ans, etc., lui qui aujourd’hui, en a près de 43 et maintient une forme impressionnante.

Lalonde, Bergeron, Cadieux et Gaquère ne sont pas en reste puisqu’ils livrent tous des performances remarquables, justes et sans verser dans le cliché. Gaquère, en acteur interprétant Lénine dans les réunions du Parti ou en Youri Gagarine dans l’imaginaire du petit Sasha, apporte une touche d’humour par son jeu plutôt comique. De son côté, Lalonde, en père attachant et toxique, joue avec doigté son insécurité paternelle, son rôle d’ouvrier  dépêché d’urgence à Tchernobyl qui en mourra, même. Les deux femmes de la pièce apportent aussi leur touche tantôt très sensible avec Bergeron, tantôt hystérique jusqu’à en rire avec Cadieux.

La mise en scène de Kemeid rapproche et éloigne les personnages qui courent d’un côté à l’autre de la (grande) scène du théâtre, passant de la cuisine au salon, dansant comme des fous, jouant au soldat de l’armée déployé au Kazhakstan, utilisant l’espace qui leur est donné avec brio, pour finalement, être unis quelques instants.

Moi, dans les ruines rouges du siècle, s’attaque non seulement à la vie époustouflante de Sasha Samar, mais aussi à toute notre conception d’un monde qui nous est inconnu. Imaginons-nous nés dans un système qui s’effondrera alors que nous atteindrons l’âge de 22 ans. Tentons ensuite de reconstruire notre vie, sur des bases nouvelles, mais surtout, impensables. À découvrir, absolument, par les mots de Kemeid et Samar.

Jusqu’au 4 février, au Théâtre d’aujourd’hui.

Cote Ledoux : ****

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