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Baz'Art Virtuel

«Leitmotiv» à La Chapelle: Territoires oubliés

Julie Ledoux
11 février 2012

Jules, Billy, Nina et Alex mêlent leurs histoires de deuil, d’abandon et de résilience au cœur d’une tourmente de sentiments, marqués par les images et les sons rappelant leurs vies d’hier, avant que tout ne bascule.

Billy qui, à 14 ans, doit vivre avec le deuil de son père dont la vie se termine à Mexico. Nina, qui revient sur sa vie d’avant, sans sa mère, avec Alex, avec Billy, avec sa tristesse. Alex qui admire la beauté de Nina. Jules, le boxeur, qui subit les foudres d’un gang à Montréal, rappelant les coups qu’il avait reçus à La Havane, alors qu’il n’était qu’un gamin. Jules qui retrouve Billy, plusieurs années plus tard. Jules qui meurt un peu chaque fois que Billy s’éloigne. Alex qui s’en va doucement et furieusement. Nina qui a ce besoin, 20 ans plus tard, de se souvenir de ce qu’elle était, comprendre ce qu’elle est devenue.

Passons rapidement sur les petits problèmes techniques qui, lors de la première, le 2 février dernier, ont créé un petit malaise : les voix des acteurs étaient sourdes, pratiquement inaudibles, les micros portés par les acteurs ne faisant pas le travail. Bref, outre ce problème technique qui n’a pas rendu justice aux mots d’Anaïe Dufresne – et qui est maintenant réglé, je le tiens de source sûre! -, Leitmotiv portait en elle de grands mouvements émotionnels, fortement interprétés par Ariane Lacombe (Billy), Corinne Chevarier (Nina), Émilie Cormier (jeune Nina, en vidéo, et metteur en scène), Stéphane Poitras (Jules) et Louis-Karl Tremblay (Alex). Ces mouvements, ils seront jumelés à des mots, des phrases parfois suivies, parfois découpées, au fil des crises, des évacuations, de la mise en scène rythmée. Petit bémol sur deux ou trois tableaux parmi les 14, en début de spectacle, où le fil était si décousu qu’il devenait impossible de suivre le rythme.

Dès les premières minutes, voire secondes, de la pièce, l’ambiance très sombre s’installe, créant un cocon inconfortable, puisque les quatre personnages évacueront leurs troubles, leurs abandons, les morts qui les entourent et qui les ont façonnés. Les images projetées sur un énorme écran au fond de la scène agissaient comme la fresque de ces deuils, tantôt d’un bleu rassurant, tantôt de blancs forgeant l’insécurité, tantôt de noirs menant à l’inconnu. Des visages, des superpositions d’images, de films, de scènes, qui imbriqués l’un dans l’autre, soutiennent les mots de ces personnages marqués par les événements, invraisemblables. Ces projections, œuvres d’Anaïe Dufresne (conception), Simon Belleau (caméra) et Gabrielle Dumont-Dufresne (montage), ne font qu’un avec les quatre acteurs, agissant aussi comme un membre à part entière de ces confessions.

Puis, cette musique, ambiante, mais poignante, de Jérôme Guilleaume (The Gulf Stream), qui entrent chez le spectateur comme un cocktail d’émotions musicales, nous tirant d’un extrême à l’autre, affichant tantôt notre compassion, notre frustration, notre rire, notre tristesse, pour ces quatre âmes qui n’ont rien à quoi s’accrocher mais qui survivront, enfin, peut-être, chacune à leur manière.

La dernière représentation de Leitmotiv aura lieu ce soir, samedi 11 février, au Théâtre La Chapelle. D’une durée d’une heure, la pièce vient creuser nos trippes. À voir et entendre, avant que DeCourse Théâtre ne reparte en création intensive.

Cote Ledoux : 3,4/5

www.decoursetheatre.com

L’entrevue réalisée avec Anaïe Dufresne, Émilie Cormier et Jérôme Guilleaume

Crédit photo : Fannie-Laurence Dubé-Dupuis

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