BangBang : bangbangblog.com

Baz'Art Virtuel

La Mort de Kubrick @ La Chapelle : rendre la pareille

Julie Ledoux
21 mars 2012

Jusqu’au 31 mars, La Mort de Kubrick – écrite par David-Alexandre Després et mise en scène par Olivier Morin – est présentée à La Chapelle. Vision toute personnelle d’une œuvre et d’une vie inachevées, cette création nous entraine dans un univers où la fiction kubrickienne se mêle au quotidien, où la violence devient passion (et vice versa), où l’imagination déborde du cadre qu’on lui assigne.

Alex Conway, un jeune homme à la sexualité refoulée vit sa passion démesurée pour le réalisateur Stanley Kubrick avec un enthousiasme envahissant. Il collectionne les objets, photos, affiches et autres artefacts liés à Kubrick et à ses films, mais en oublie de payer son loyer. Sa propriétaire, grande et puissante transsexuelle qui voue un amour malsain à un petit garçon nommé Hubert ne comprend pas cette passion démesurée pour Kubrick.

L’histoire est campée quelques mois avant la sortie du tout dernier film de Kubrick, avant même la mort de ce dernier. Alex gagne un concours organisé par le magazine Look – où Kubrick a fait ses débuts en tant que photographe – qui lui permettra de se rendre à la première du plus récent film de Kubrick, Eyes Wide Shut, et d’y rencontrer le réalisateur. Un rêve devenu réalité. Cependant, quelques mois avant la première du film, le réalisateur sera terrassé par une crise cardiaque. Alex, renversé par la nouvelle, se perdra entre le cauchemar et la réalité, entre le plateau de tournage du film sur Napoléon – Kubrick en a écrit le scénario des décennies plus tôt, mais ne l’a jamais réalisé -, l’expulsion de son appartement, et la confrontation entre son passé refoulé et son présent inadéquat.

Si les références à l’univers cinématographique et personnel de Kubrick sont légion dans La Mort de Kubrick, c’est que Després en est un adepte consciencieux. Pas au point de s’en rendre malade tel Alex Conway, mais les insertions de faits et allusions aux différentes œuvres de Kubrick transmettent une passion certaine. Bien que l’on puisse apprécier toutes ces références, elles peuvent rapidement devenir hermétiques pour un public non-avisé. N’ayant vu que 4 ou 5 Kubrick, je ne pouvais moi-même saisir toute l’ampleur des allusions à ses différentes créations. (C’est à ce moment-là que Wikipédia devient un bon ami…)

Cependant, il faut saluer la connaissance de l’auteur de l’univers de Kubrick. Un travail de recherche imposant a permis de créer un texte soutenu mais tout de même accessible, si on laisse de côté les nombreuses références. Les personnages sont bien campés bien que parfois caricaturaux. Si cet aspect agace, au départ, il faut encore se ramener à l’univers de Kubrick où les personnages sont aussi, bien souvent, joués aux extrêmes.

Cela dit, la prestance de certains était franchement plus évidente. Alors que Christine Beaulieu est solide, dans ses interprétations de la secrétaire de Look, Christiane Metz, ou dans celle de Kubrick lui-même ou de Vivianne (Vivian? Qui porte le même nom que l’une des filles de Kubrick), la gardienne attirante, il en va autrement de Caroline Lavigne qui surjoue parfois en Wendy la propriétaire transgenre ou se fait trop discrète en Joséphine, femme de Napoléon, sur le plateau de tournage de Waterloo. De son côté, Alexia Burger qui joue le double d’Alex – un double libéré et lubrique – porte son rôle à l’extrême mais demeure comique où il le faut, sans exagération. Després, quant à lui, est juste, amusant et attristant dans le rôle d’Alex Conway, un rôle qu’il porte pendant l’heure et quart que dure la pièce.

La mise en scène très dynamique d’Olivier Morin se fait en deux parties. Alors que la première moitié de la pièce est plutôt lente, confinée à l’appartement d’Alex Conway, et prend un peu de temps avant de s’envoler, la seconde propose un dynamisme plus convaincant, sur un rythme accéléré, jusqu’au paroxysme, puis retombe. Il semble que le metteur en scène ait lui-même calqué son travail sur celui de Kubrick ou la lenteur côtoie fréquemment des moments plus rythmés. Jouant avec la scène, les rideaux, le fond, l’avant, sans s’imposer de limites scéniques, La Mort de Kubrick achève de décortiquer la laideur d’un monde violent, mal à l’aise.

Cote Ledoux : 3,6/5

Les Productions Champ Gauche présentent La Mort de Kubrick jusqu’au 31 mars, à La Chapelle.

lachapelle.org

Crédit photo : Maxime Côté

Pas encore de commentaire.

Baz'Art Virtuel

Julie Ledoux

Pourquoi faire, un slogan? J'vends pas d'chars...

Julie Ledoux