BangBang : bangbangblog.com

Baz'Art Virtuel

Jamais Lu – Jour 3 : pas de quartier pour les pervers

Julie Ledoux
7 mai 2012

Dimanche après-midi. Soleil plein la face. 17-18 degrés Celsius de fun printanier. M’en vais au Jamais Lu pareil. Annick Lefebvre va m’en mettre plein la face, elle aussi.

La Messe en 3D : Messe de trentenaires pour athées; un nouveau rituel social, politique et humain voit le jour.

Avec sa Messe en 3D, Annick Lefebvre a, une fois de plus écorché bien des âmes sensibles au passage. L’«enfant sauvage» du Jamais Lu tente de se réapproprier les codes de l’Église, et nous a servi une messe, avec son prêtre, son servant de messe, Dieu et Jésus. Avec trois autres personnages, porte-parole de ce qu’on est, de ce qu’on peut être, de ce qu’on ne sera peut-être pas. Marie, Jean et Julie. Trois personnages qu’on découvre malgré les couches de caractères que Lefebvre leur attribue. Le texte est dense, les sujets de sa foudre sont multiples, mais très contemporains, très thématiques, dirais-je. «Où est-ce qu’on est?» À la messe, oui, mais aussi dans la tête de Dieu.

Bref, un bon moment de lecture théâtrale, avec un texte qui frappe et qui ne fait pas de quartier. Allez, deux exemples pour vous mettre l’eau à la bouche, car on l’espère, le texte pourrait sans doute prendre la scène d’ici un an ou deux.

Un exemple :

« D’HABITUDE LE PRÊTRE FAIT SON HOMÉLIE
IL INTERPRÈTE LA PAROLE DE DIEU À SA SAUCE
POUR EN FAIRE UNE LECTURE CONTEMPORAINE
ET ADAPTÉE À LA RÉALITÉ DE NOTRE ÉPOQUE

COMME LORRAINE PINTAL AU TNM
LE DINOSAURE QUI NOUS CAUSE DE L’ACTUALITÉ
A PASSÉ LES 20 DERNIÈRES ANNÉES DE SA VIE
ENCARCANÉ DANS DE VIEILLES IDÉES POUSSIÉREUSES

SE CONSIDÉRANT COMME LE VALEUREUX DÉFENSEUR
D’UNE TRADITION NÉCESSAIRE À NOTRE MÉMOIRE COLLECTIVE
L’INDIVIDU QUI MARMONNE SA VISION RÉTROGRADE DU MONDE
EN NOUS LA PRÉSENTANT COMME DE L’INÉDIT
NE MÉRITE PAS QUE L’ON INSTITUTIONNALISE SA PENSÉE »

Et un autre :

«Vous ne vous êtes rendu nulle part pis en compagnie de personne. C’est dimanche pis vous lavez votre char, vous cuvez votre vin de la veille, vous rêvez d’être Cœur de Pirate. De chanter faux pis d’avoir des tatouages. Vous ne croyez pas en Dieu. Et pourtant, vous portez son message, vous buvez ses paroles, vous en êtes l’incarnation contemporaine.»

Un bémol aux longs moments de lecture déclamée à trois voix. À force de lancer ces prises de parole à trois, on en vient à oublier l’impact qu’elles doivent avoir. Maints applaudissements à Linda Bouchard, tour à tour prêtre et porte-parole de l’Évangile selon Fabien Cloutier. «Cela était juste et bon», comme disait l’autre. Bref, essayons de ne pas se mettre en travers du chemin d’Annick Lefebvre. Sinon, ça va être laitte.

///

Dimanche soir. Chaude nuit de printemps. Les esprits s’émoustillent à force de voir les jupes se raccourcir, les jambes et les pieds se dévêtir. Soirée parfaite pour le Mauvais goût de Stéphane Crête.

Allons-y pour un extrait, tout de go :

RACHELLE — Moi je dis juste que ça aurait fait un petit quelque chose de spécial, que les cendres soient là, pis… ben, que… on n’est pas pour faire ça comme un brunch ordinaire là, il me semble qu’y faudrait faire quelque chose de spécial.
PATRICK — Ouais.
RACHELLE — Je sais pas moi, comme une minute de silence, quelque chose de spécial.

Je ne sais pas à quel point cet extrait donne l’heure juste quant au texte de Crête. On nous avertit pourtant que la prémisse du texte de Crête repose sur un groupe d’amis qui tente de survivre tant bien que mal à la mort d’un des leurs dans des circonstances aussi terribles que nébuleuses et honteuses.

Évidemment, je ne peux pas vous vendre les punchs, parce que punchS, il y a. Et puisqu’ils lient toute la patente, c’est plutôt difficile de passer à côté. Dites-vous que si ce texte est réellement mis en scène dans les mois/années à venir, vous n’en sortirez pas indemne. Entre perversions et érotisme, entre lassitude de la fin trentaine et crise de la quarantaine, les personnages de Crête se posent en acteurs communs d’une société québécoise (mais qui pourrait être tout aussi américaine que française) qui tente de masquer sa banalité par l’extrême.

Je dois donner un sérieux coup de chapeau à ces acteurs qui se sont prêtés au jeu, avec tout le sérieux du monde. Le texte est solide mais les 25 tableaux causent parfois des moments d’incertitude, chez le public. Comme si le fil conducteur était cassé trop souvent, lui qui était déjà suffisamment complexe. Un travail évidemment pas si simple, autant pour l’auteur que pour les interprètes. Si les sujets mènent au malaise et parfois même au dégoût, il faudrait bien ne pas s’arrêter aux thématiques, mais aller fouiller un peu plus loin. En tant que public, notre travail est de prendre ce qu’on nous donne, de le tourner et retourner, et d’y trouver un sens. Mais entre un os de poulet et la vérité, entre un os de poulet et la lumière, il n’y a qu’un pas.

//

Ce soir, c’est avec entrain que j’irai écouter les mots de Steve Gagnon, dans En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas. Une relecture de Britannicus qui intrigue.

jamaislu.com


Pas encore de commentaire.

Baz'Art Virtuel

Julie Ledoux

Pourquoi faire, un slogan? J'vends pas d'chars...

Julie Ledoux