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Jamais Lu – jour 4 : Britannicus sous la neige de janvier (sauce Gagnon 2012)

Julie Ledoux
10 mai 2012

En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas de Steve Gagnon était à l’affiche de la quatrième soirée du Jamais Lu. Aux Écuries, en ce lundi soir, ça ne se bousculait pas aux portes. Pourtant, les curieux ont pu assister à une relecture brillante et poignante de Britannicus, sauce Gagnon 2012.

Si Racine avait imaginé Britannicus et Néron en frères issus d’une alliance, Steve Gagnon, lui, place les deux protagonistes au sein d’une même famille, en frères de sang. Et les liens de sang, ça cause souvent du trouble, hein. Surtout quand il est question d’amour. Et quand on parle d’amour infini, tout fout l’camp.

En 16 tableaux, Steve Gagnon et ses acolytes nous offrent un texte actuel, calqué sur l’histoire de Britannicus, Néron, Agrippine, Octavie et Junie. Le drame est douloureux, Néron (Renaud Lacelle-Bourdon) est magistral de monstruosité, et Britannicus (Guillaume Perreault), quasi fleur bleue dans son amour pour Junie (Marie-Soleil Dion). Octavie (Claudiane Ruelland) est tantôt naïve, tantôt froide comme l’hiver qui bât le rythme du texte. Le froid pénètre la maison familiale où le drame aura lieu, où Néron, fou de Junie la fiancée de son frère, brisera l’harmonie fragile. Agrippine (Annick Bergeron), mère possessive et contrôlante, planifiera une résolution de conflit qui se conclura en un drame encore plus grave.

Un extrait?

«Maman, tous les mots de toutes les langues d’la planète ont honte de ceux que tu utilises à la journée longue. Si les mots avaient un syndicat, ben crisse, ils manifesteraient contre toi, ils te boycotteraient solide. Ils te hurleraient dans des osties de gros porte-voix, dans des porte-voix gigantesques de fermer ta gueule, de disparaître. Aucune langue, surtout pas la tienne, aucune langue sait quoi dire pour décrire tout ce qu’y a dehors que tu connais pas.»

Ça, c’était la partie plus drôle, alors que Néron pète une coche et qu’Agrippine tente de, ben de… faire passer sa ménopause inaperçue, mettons.

Alors qu’Annick Bergeron chausse avec brio le personnage créé et adapté par Steve Gagnon, Renaud Lacelle-Bourdon et Marie-Soleil Dion se montrent franchement à la hauteur, froids dans leurs émotions et durs dans leur interprétation. Lacelle-Bourdon interprète Néron avec fougue et rage, tandis que Dion rend justice à Junie bouleversée dont la beauté lui causera si grand malheur. Junie, par qui tout part en fumée, se montre d’une faiblesse désarmante au départ, puis d’une force et d’une folie inquiétantes au final.

Si Gagnon a réussi son adaptation du Britannicus de Racine, c’est que son écriture nous force tantôt au rire jaune, tantôt à l’empathie. L’horreur fait constamment face à l’amour, tandis que la monstruosité de l’un marque la beauté de l’autre. Frères de sang et ennemis jurés, Britannicus et Néron s’affrontent par la bande.

La mise en lecture de Gagnon lui-même, accompagnée de pièces musicales (dont j’aimerais bien connaître tous les titres!), était juste et limpide, ajustée aux forces des acteurs choisis, et curieusement, on se prend à les imaginer se rendre encore plus loin dans le complot, la trahison et l’horreur.

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