BangBang : bangbangblog.com

Baz'Art Virtuel

Jamais Lu – jour 6 : tragédie(s) et indifférence (bis)

Julie Ledoux
12 mai 2012

Le monde sera meilleur d’Édith Patenaude. Édith – parce qu’à force de révélations, je l’appelle maintenant par son prénom – nous livrait une œuvre qui, en nous menaçant, souhaitait nous faire constater notre indifférence collective. En doutant constamment de la fiction et de la réalité…

Deux acteurs de la tragédie. Elle et Lui. Ils révéleront tout le malheur de leur situation. Comment, selon eux, un conseiller financier aura provoqué la faillite personnelle de quatre personnes et aura causé un décès. «Nous sacrifions notre liberté future pour offrir un exemple au monde occidental.» qu’ils nous disent.

Bien que la mise en lecture fut rondement menée et que l’indifférence collective face au malheur des autres était abordée avec justesse et moult exemples, le jeu constant de la réalité vs la fiction, du théâtre dans le théâtre, amusait au départ, mais a atteint rapidement un certain plateau. Il n’était plus nécessaire de jouer. D’ailleurs, l’auteure qui racontait qu’elle voulait monter Hamlet, suite à la tragédie, parce que «c’est lourd, mais c’est un classique», nous a donné un extrait de ce fameux Hamlet. Extrait dont on se serait certainement passé puisqu’il n’apportait rien qui ne pouvait déjà être inclus dans le tourbillon de vengeance qu’Elle et Lui planifiaient. Les regrets («Si tu devait mourir là, qu’est-ce que tu regretterais?») de Maxime Perron – François Allard, le conseiller financier responsable de la tragédie – n’ont pas plus apporté à la finale qui, elle, fut grandiose alors que les protagonistes entonnaient, a capella, «My Body Is A Cage» d’Arcade Fire, chanson que le père d’Édith Patenaude souhaite réellement entendre à ses funérailles, selon la principale intéressée.

Un bon coup de la part de Patenaude qui souhaitait ardemment nous plaire (probablement trop, en fait), mais utiliser un metteur en scène (en lecture) extérieur à tout cela (comme Francis Richard l’a fait pour le texte de Guillaume Corbeil) aurait sans doute contribué à éclaircir le jeu et resserrer la lecture. Écrire, jouer et mettre en lecture, consistent en un jeu de rôles trop prenant. Avoir du recul par rapport à son texte ne peut que l’aider à s’élever au-dessus de la masse. En bout de ligne, le moment est bon, mais quand le jeu est forcé et quand on en fait trop et que je le sens, mon attention est perdue.

//

Guillaume Corbeil nous offrait ensuite Le Mécanicien. Un duo accouplé se jetait dans l’arène, après quelques minutes de battement entre les deux mises en lecture. Du confort à la violence.

Pierre-Luc Léveillé et Anne-Hélène Prévost interprétaient un couple pratiquement à la dérive, installé dans son confort, dans sa routine. De retour d’un rendez-vous chez leur mécanicien, la tension est palpable. Elle semble perturbé. Il tente de détendre l’atmosphère.

«Te sens-tu plus crevettes ou bœuf?»

Là n’est pas la question. De la discussion anodine, vers l’inévitable remise en question du couple, la situation s’envenimera, toujours menée par les événements survenus chez le mécanicien. La violence des mots se transformera en torture physique. Elle et Lui évolueront au fil de cette violence, remettant toujours en cause «les événements» qui ont eu lieu quelques heures auparavant.

Je n’en dis pas plus, sachant que Le Mécanicien sera présenté au Théâtre d’Aujourd’hui, la saison prochaine. Notons surtout que l’évolution de la tension et du drame, des malaises et des silences, des regards et des marques physiques et morales du Mécanicien de Guillaume Corbeil et des protagonistes valent le détour.

jamaislu.com

Crédit photo : Thomas Blain

Pas encore de commentaire.

Baz'Art Virtuel

Julie Ledoux

Pourquoi faire, un slogan? J'vends pas d'chars...

Julie Ledoux