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Baz'Art Virtuel

RIDM 2012 : Le chant des ondes

Julie Ledoux
19 novembre 2012

Le Chant des Ondes (Réal. : Caroline Martel. 95 min.)

Nouveau long métrage de Caroline Martel – qui nous a donné Le fantôme de l’opératrice, en 2004 – Le chant des ondes retrace l’histoire des Ondes Martenot, instrument musical électronique inventé par Maurice Martenot et breveté en 1928. Cette plongée fascinante dans l’univers de l’instrument, de son histoire et de ses praticiens dresse un portrait surprenant de la portée de la création de Martenot, lui qui a mis en musique les ondes de TSF qui le fascinaient pendant la Première Guerre mondiale.


Si 300 Ondes Martenot ont été mises en circulation par leur créateur, il n’en reste que 70, aujourd’hui. Et encore là, sont-elles toutes utilisées avec justesse? Moisissent-elles dans des caves humides? Ont-elles été récupérées par des héritiers qui ne savaient qu’en faire? La réalisatrice n’a pas hésité à aller rencontrer de nombreux praticiens et spécialistes des Ondes Martenot, dont l’ondiste québécoise Suzanne Binet-Audet (touchante et curieuse) et le guitariste de Radiohead, Jonny Greenwood (studieux et admiratif). La rencontre entre ces deux musiciens fût d’ailleurs un de mes moments favoris du documentaire. Voir Greenwood en admiration devant Binet-Audet était fascinant. Quand Greenwood dit pratiquement qu’il ne sait pas en jouer, qu’il apprend «sur le tas» et qu’il demande à Binet-Audet de lui montrer comment elle en joue, voilà un moment franchement surréaliste.

Et à travers toutes ces découvertes, le fils de Maurice Martenot qui produit encore des instruments, les réparateurs et «gosseux» professionnels qui parviennent à déchiffrer les plans de Martenot et le fonctionnement hyper complexe de cet instrument qui n’a pratiquement l’air que d’un clavier (et pourtant!), et les ondistes se démarquent par la sensibilité qu’ils expriment au contact de l’instrument. Cette sensibilité se développe dans la nostalgie que leur inspire les Ondes Martenot. Et la complexité de l’instrument lui-même, à des miles du thérémine ou du synthétiseur, permet de créer des sons allant du très aigu au plus grave, d’une impression de guitare au violoncelle. Cet instrument, dont la subtilité et la complexité se perdent dans le temps et les héritages, serait sans aucun doute possible, l’ancêtre de la musique électronique. Et pourtant, quel bidouilleur, aujourd’hui, saurait en jouer?

Visuellement, auditivement et objectivement réussi, ce documentaire de Caroline Martel oeuvre à la préservation de la mémoire musicale collective.

4/5

Le chant des ondes sera présenté dans le cadre des RIDM à Québec, le 29 novembre à 19h, au Cinéma Cartier.

Visionnez la bande-annonce sur le site de l’ONF.

2 commentaires
  • [...] Après avoir vu le documentaire Le chant des ondes de Caroline Martel, l’an dernier, aux RIDM, on dirait que je ne peux oublier ce son unique, d’une mélancolie frappante qui traverse le corps. Très hâte d’entendre ce que ça donne avec les trois artistes du domaine pop-rock-chanson-folk-indie qui vont se mesurer à l’Ensemble d’Ondes de Montréal, qu’on voit d’ailleurs à l’oeuvre dans Le chant des ondes. [...]

  • [...] Après avoir vu le documentaire Le chant des ondes de Caroline Martel, l’an dernier, aux RIDM, je n’ai pu oublier ce son unique, d’une mélancolie frappante qui traverse le corps ou ses saccades rappelant la transmission des ondes radio, un record scratch et les notes d’un clavier, du piccolo à la contrebasse. [...]

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Julie Ledoux

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