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Baz'Art Virtuel

Les Morb(y)des au Quat’sous : corps au ralenti

Julie Ledoux
10 mars 2013

Les Morb(y)des de Sébastien David s’impose au Quat’sous jusqu’au 23 mars. Kathleen Fortin, Julie De Lafrenière et Sébastien David prennent la scène d’assaut et Gaétan Paré – qui signait la mise en lecture lors de la première présentation du texte, au Festival du Jamais Lu, au printemps dernier – se charge quant à lui de la mise en scène.

Stéphanie et Sa Soeur vivent dans un demi-sous-sol hermétique, où ne pénètre que l’insipidité des émissions de télévision auxquelles s’accroche Sa Soeur, et les clavardages de Stéphanie sur morbydes.com.

Stéphanie est obèse, voue un culte à Moby, fait du vélo stationnaire et s’évanouit fréquemment puisqu’elle ne mange plus depuis des semaines. Depuis que la première prostituée a été assassinée, en fait. Un tueur en série de «femmes de mauvaise vie» fascine Stéphanie qui s’appelle maintenant Stéphanye, avec un «Y», comme Kevyn, le fondateur de morbydes.com, où Stéphanye se rapproche de ses consoeurs et confrères fascinés par cette histoire de meurtres sordides.

Entretenant une relation bipolaire et violente – autant physiquement que verbalement – avec Sa Soeur, Stéphanye tente de s’émanciper tant bien que mal, dès que Kevyn fait son apparition dans le réel, cognant à la porte de son appartement d’Hochelaga, vêtu d’un costume de scout.

Mis en lecture lors de la 11e édition du Festival du Jamais Lu, au printemps dernier, le texte des Morb(y)des proposait à ce moment-là une incursion dans le monde du corps détesté et rejeté, et des relations humaines et technologiques. Détestant leurs corps, les trois personnages des Morb(y)des se réfugient derrière des télécommandes de télévision, des claviers d’ordinateurs, leurs vêtements; toutes des barrières qui finiront pas tomber, une à une.

Dans la version 2013 des Morb(y)des, présentée au Quat’sous, on retrouve ces trois personnages, un brin décalés. Stéphanye ne clavarde plus autant ou, du moins, la place du site qui la connectait au monde extérieur et celle des meurtres des prostituées semble reléguée au second rang; ce qui est bien dommage puisque ces relations technologiques et glauques créaient un angle d’évolution personnelle intrigant, chez la plus jeune des deux soeurs.

On se rend bien compte que c’est la relation entre les deux soeurs qui prend maintenant tout l’espace. Bien sûr, Kathleen Fortin (Sa Soeur) reste magistrale, quasi défigurée de sa personne et de sa personnalité, et Julie De Lafrenière, d’une intensité remarquable, fait preuve d’un courage énorme en se mettant ainsi à nu.

Mais le rythme qui s’imposait à la lecture est ralentit, alors que tout se passe à une vitesse effrénée autour des personnages : la zappette de Sa Soeur, le clavardage de Stéphanye, les engueulades des deux soeurs, les meurtres, le vélo, etc. Le rythme de «consommation rapide» se freine à chaque transition de scène et se butte ensuite à l’arrivée de Kevyn (Sébastien David), à mi-parcours. Une arrivée qui chamboule la mise en scène et qui défait notre attachement aux protagonistes. Dès lors, une cassure nette s’opère et crée un changement au sein même de la trame narrative. Tout se bouscule et les raccourcis y sont beaucoup plus fréquents, au grand désarroi d’un public accroché aux deux principales protagonistes.

Les Morb(y)des passe ainsi le cap de la mise en lecture vers la mise en scène mais le rythme s’en trouve malheureusement ralenti et la complexité des personnages, amincie (!), ramenant ces derniers vers leur plus simple expression, les mettant à nu – littéralement – devant le public qui, en bout de ligne, ne sait plus sur quel pied danser. Enfin, malgré un effort tangible pour capturer les lieux glauques et hermétiques d’un demi-sous-sol, et la morbidité des personnages, reste que les lieux semblent plus colorés que suffocants, et les personnages plus sensibles que morbides.

**1/2

Jusqu’au 23 mars, au Quat’sous. Une coproduction du Théâtre de Quat’sous et de La Bataille.

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