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Baz'Art Virtuel

POP Montréal 2013 : «Écoute le chant des ondes»

Julie Ledoux
26 septembre 2013

Hier soir, POP Montréal démarrait en grand et c’est le concert ONDES, mettant en vedette L’Ensemble d’Ondes de Montréal, Radwan Ghazi Moumneh, Marie-Jo Thério et Patrick Watson, qui a attiré mon attention.

Après avoir vu le documentaire Le chant des ondes de Caroline Martel, l’an dernier, aux RIDM, je n’ai pu oublier ce son unique, d’une mélancolie frappante qui traverse le corps ou ses saccades rappelant la transmission des ondes radio, un record scratch et les notes d’un clavier, du piccolo à la contrebasse.

J’avais très hâte d’entendre ce que ces trois ondistes de l’Ensemble d’Ondes de Montréal pouvaient faire avec les trois artistes du domaine pop-rock-chanson-folk-indie. L’intention était bonne : tenter de faire découvrir cet instrument méconnu et quasi introuvable, et le placer en phase avec la musique populaire contemporaine, c’était louable. Cependant, avec une heure de retard au début du concert, un rythme et un ordre de pièces incohérents, et une mise en scène plutôt bancale, le tout était plutôt du domaine du cours magistral illustré plutôt que du concert bien ficelé.

Les trois dames de l’Ensemble d’Ondes de Montréal ont démarré la soirée avec le morceau Begonia Rex de Richard Boucher, composé en 1977, un classique de l’Ensemble, où plusieurs solos illustrent les impulsions de vie de la plante, où on voit les doigts des ondistes courir d’un bout à l’autre du ruban, où le psychédélique se même au travail physiquement exigeant. Le tout consiste en un morceau fascinant, très spatial, mais difficile à saisir en ouverture de concert puisqu’il demeure un brin hermétique.

Après nous avoir expliqué en long et en large ce qu’étaient les Ondes Martenot, on nous a offert deux morceaux tirés des Contes de Ma Mère L’Oye de Charles Perreault, mis en musique par Maurice Ravel, et adaptés pour trois ondistes : La Pavane de la Belle au Bois Dormant et Le Petit Poucet. Très «printanier» et jovial, ce moment du concert a permis de conforter le public : oui, les sonorités des Ondes Martenot sont accessibles et rappellent autant les classiques de l’enfance que les compositions contemporaines expérimentales.

Sont ensuite arrivés la harpiste Sarah Pagé (The Barr Brothers) et le guitariste Joe Grass (Marie-Pierre Arthur, Notre Dame de Grass, etc.) pour ajouter une touche de cordes à tout ça. Intéressant, d’autant plus que l’unique Marie-Jo Thério s’est jointe au lot de musiciens déjà sur scène, pour y aller d’une superbe transition, chantant et jouant sur le magnifique piano utilisé pour l’occasion. Sa voix y était puissante et claire, envoûtante. «Ce matin, 25 septembre, y’a des bonnes ondes qui hang around, tséveudire», qu’elle nous racontait, d’un air entendu. «Écoute le chant des ondes» qu’elle nous disait, Marie-Jo. Et on l’écoutait, ce chant aux multiples possibilités, qui se dévoilait devant nous.

Après deux pièces, hop, Thério, Grass et Pagé se sont éclipsés, laissant à nouveau la place aux ondistes qui ont livré «Ma Brésilienne», une composition de l’ondiste Marie Bernard, pour une interprète québécoise bien connue – semble-t-il – mais dont le nom ne nous a pas été révélé. Une autre composition nous a ensuite été offerte, celle de Geneviève Grenier, qui sera disponible sur un album à venir au printemps. «Il y a de la trame sonore là-dedans», qu’elle nous a dit. J’ai pas trop su si elle voulait dire que l’album était tiré d’une trame sonore ou si sa composition était cinématographique. M’enfin.

Radwan Ghazi Moumneh (Jerusalem in my Heart) s’est ensuite pointé le bout du nez sur scène avec son instrument, son bouzouki, dont on a pu mesurer l’étendue sonore lors de sa première pièce, laissant ensuite place à la voix de Radwan, très intense, spirituelle, chantant quelque chose qui se rapprochait plus du mantra que de la chanson. Envoûtant. Un des meilleurs moments du spectacle.

Retour aux ondistes qui ont fait la transition avec une pièce de Tristan Muraille. Ces retombées entre chaque invité brisaient le rythme, hier soir, alors que Thério, Moumneh et Watson n’ont interprété que deux pièces chacun. On en aurait pris plus, histoire de bien comprendre comment les Ondes Martenot peuvent être intégrées dans la musique populaire contemporaine. Une certaine retenue ou une gêne et peut-être un manque de cohésion entre les différents musiciens et musiciennes laissaient croire que le travail ne faisait que s’amorcer, qu’il pourrait donner lieu à une suite à ce concert, où tout coulerait plus facilement, où les explications et intermèdes n’auraient pas lieu d’être.

Enfin, c’est Patrick Watson, avec Sarah Pagé et Joe Grass, qui a eu l’honneur de conclure la soirée, avec nos trois ondistes (Suzanne Binet-Audet, Marie Bernard et Geneviève Grenier), en proposant deux compositions, dont la principale était inspirée par le Golden Record, et fut écrite trois ans plus tôt. Une douce évolution vers une cacophonie contrôlée, pour finalement revenir à l’ambiance très Watsonnienne.

Bref, une soirée intrigante et fascinante, mais en dents de scie, et qui gagnerait à être remaniée, et offerte à nouveau aux mélomanes, sous une forme plus fluide.

En conclusion, c’était la soirée des cheveux hirsutes. Thério et Watson, même combat capillaire.

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Malheureusement, une autre entorse à mon plan initial a fait que je ne suis pas allée voir Expwy à la soirée Kinnta Records, à la Brasserie Beaubien. J’aurais pu m’y rendre à temps, pour Expwy seulement, mais le mood n’y était tout simplement pas, après un concert très envoûtant et plutôt calme, pour faire une transition vers une soirée plutôt rock, disto comprise. On se reprendra.

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Pourquoi faire, un slogan? J'vends pas d'chars...

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